Microfinance, micro-crédit et Nobel de la Paix 2006

by

Si vous suivez l’actualité, vous savez déjà que le prix Nobel de la Paix 2006 vient d’être attribué à Muhammad Yunus, qui est à l’origine de la Grameen Bank, une institution qui a lancé la pratique du micro-crédit au Bangladesh.

Pour en savoir plus sur le micro-crédit et la microfinance, vous trouverez des ressources utiles dans la catégorie anglophone Microfinance et dans la catégorie francophone Financement solidaire.

Publicités

3 Réponses to “Microfinance, micro-crédit et Nobel de la Paix 2006”

  1. actuasoft Says:

    enfin une récompense méritée.

  2. Dr Bertrand Feumetio Says:

    Comme tous les économistes intéressés par les questions de financement du développement, j’ai été agéablement surpris d’apprendre que le prix nobel de la paix 2006 a été attribué au Pr Muhammad Yunus et à sa Banque, la Grameen Bank.

    Je crois que tous les économistes devraient se sentir honorés par cette distinction et devraient saluer l’itineraire atypique de M.Yunus. Voilà un homme qui enfant étudie les premières années dans l’école de son village natal puis à l’école primaire Lamabazar et au Chittagong Collegiate School. Il fait son premier voyage à l’age de treize ans grâce aux boyscouts. Il se rend au Pakistan Occidental pour une rencontre nationale de boyscouts, Jamboree Boy Scout National. À l’occasion d’une rencontre internationale, Jamboree Scout Mondial de 1955, qui se tient au Canada il en profite pour visiter l’Europe et le Moyen Orient. C’est ainsi que le jeune homme parcourt l’Inde, l’Amérique du Nord, l’Europe, se rend au Japon et aux Philippines à l’occasion de ses grands rassemblements internationaux.

    En 1957, il s’inscrit en économie à l’université de Dhaka et obtient son Bachelor of Arts en 1960 et son Master of Arts l’année suivante. Une fois ces diplômes en poche, il devient enseignant en économie au Chittagong College. À 21 ans, il se fait entrepreneur, en mettant sur pied la première usine high-tech d’emballage et d’impression du Pakistan oriental. L’affaire est une réussite. La banque d’État Industrial Bank propose au jeune Yunus un très gros prêt (10 millions de takas) mais en 1965 Yunus préfère abandonner la gestion à ses jeunes frères pour partir préparer un doctorat aux Etats Unis, grâce à une bourse Fulbright. Après une maîtrise à l’université du Colorado, Yunus s’inscrit en thèse à l’université Vanderbilt, sous la direction de Nicholas Georgescu-Roegen, un économiste très original, connu aujourd’hui notamment pour ses recherches sur le thème de la « décroissance soutenable ». Une fois docteur en économie, Yunus obtient un poste d’enseignant à la Middle Tennessee State University. Mis à la surprise de tous, il décide d’abandonner le cadre douillet et le confort matériel dans lequel il vit aux USA pour rentrer sur la terre de ses encêtres et se rendre utile à son pays.

    Après avoir occupé le poste de sous-directeur à la Planning Commission du Gouvernement, où il se sent totalement inutile, il devient responsable du département d’économie de l’Université de Chittagong, construite en milieu rural. Selon ses mots, « Une terrible famine frappait le pays, et j’ai été saisi d’un vertige, voyant que toutes les théories que j’enseignais n’empêchaient pas les gens de mourir autour de moi ». Il décide alors de s’intéresser au mode de vie misérable des villageois vivant à proximité de l’université.

    Avec des étudiants, il crée un groupe de "recherche-action", dont les premiers travaux porteront surtout sur des questions agronomiques (implantation de nouvelles espèces de riz, notamment). Ce n’est que dans un second temps que Yunus en vient à penser qu’une grande partie des problèmes rencontrés par les paysans pauvres de Jobra (le village voisin de l’Université de Chittagong) tiennent à leurs difficultés d’accès à des capitaux. Leurs terres sont généralement si petites qu’elles ne peuvent constituer une garantie pour les banques. Restent les usuriers locaux, dont les prêts sont offerts à des taux d’intérêt (plus de 20% par mois) qui bien souvent achèvent de précipiter les emprunteurs dans la misère. C’est ainsi que le jeune professeur d’économie en vient à proposer un premier "micro-prêt" (quelques dollars) à quelques dizaines d’habitants du village, en utilisant son propre argent. L’effet de ces prêts au montant dérisoire s’avère rapidement très positif sur la situation matérielle des bénéficiaires. En outre, ces derniers remboursent sans difficulté leur bailleur de fonds.

    Après avoir tenté d’impliquer une banque commerciale dans le lancement d’un premier programme de micro-crédit, Yunus décide de créer son propre programme. Celui-ci est officiellement mis en place en 1977, sous le nom de « Grameen ». C’est un succès immédiat, au Bangladesh tout d’abord, où la « Grameen » obtiendra le statut d’établissement bancaire en 1983, puis dans d’autres pays où le « modèle » s’exporte à partir de 1989. Aujourd’hui, près de 300 millions de personnes dans le monde bénéficient directement ou non de micro-crédits. La banque Grameen a par ailleurs considérablement diversifié ses activités depuis (industrie textile, téléphonie, production d’électricité par énergie solaire,…). C’est dont aujourd’hui un conglomérat de fait.

    Sincèrement, je crois que cette attribution du prix Nobel de la paix au Pr Yunus est mérité. J’ai trouvé très surprenant que nombre de personnalités dont des économistes de renoms lui conteste le profil de "Nobélisable". Je crois que l’impact positif qu’ont eu ses interventions dans le domaine du micro crédit au Bangladesh n’a pas laissé indifférent les membres du comité du Prix Nobel. On peut donc dire avec Kofi Annan que "Grâce au professeur Yunus et à la Banque Grameen, la microfinance a démontré comment elle pouvait aider les familles à faible revenu à sortir du cercle vicieux de la pauvreté, tout en permettant aux entreprises d’assurer leur croissance et aux communautés de prospérer". Mais, je voudrais quand même préciser que c’est parce que l’expérience du microcrédit a réussi au Bangladesh qu’elle le sera forcément ailleurs.
    —————

    Bertrand Feumetio, Economiste, est Docteur en Administration des Affaires et auteur de plusieurs ouvrages économiques et politiques

  3. Christian Deville Says:

    Le développement de la microfinance peut aider à réduire la pauvreté en Afrique, selon Bertrand Feumetio…
    C’est l’une des leçons qu’on peut tirer à l’issue de la lecture du tout dernier livre de l’économiste camerounais Bertrand Feumetio intitulé « La pauvreté en Afrique Subsaharienne : Incursion dans les dédales d’un mal », paru aux éditions Publibook. J’ai pris un réel plaisir à lire cet ouvrage et je voudrai partager les fruits de ma lecture dans ce forum.
    En raison de son caractère multidimensionnel, la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne est une entreprise qui relève de la mise en œuvre de plusieurs mesures en direction de secteurs ayant un impact positif sur la vie des populations, avec des actions plus pointues en direction des zones rurales ou désintégrées. Le diagnostic qu’établit Bertrand Feumetio de la pauvreté permet de considérer que si les causes de la pauvreté sont multiples, les poches les plus concentrées se situent en milieu rural. Même s’il y a lieu de relever, comme il l’explique si bien, une montée spectaculaire de la précarité en milieux urbains et ce, un peu partout en Afrique.
    Et l’intérêt de son œuvre est qu’il dresse, avec le regard et la double approche de journaliste engagé qu’il fut et d’économiste qu’il est, un tableau sans complaisance de l’état de la pauvreté en critiquant la gestion de certains gouvernements africains, dans un ton alerte, parfois incisif, mais toujours modéré. On note également que l’auteur a largement étayé ses analyses de statistiques les plus récentes des institutions financières internationales.
    Son diagnostic débouche sur des propositions concrètes pour rendre la pauvreté humainement soutenable. Parmi ces propositions, celles relatives à la rationalisation des interventions des Etablissements de microfinance, à la mise en œuvre d’un réajustement institutionnel et au retour à une gestion plus saine de l’économie et des finances par les gouvernements semblent résumer l’apport de l’auteur dans un débat qui n’est pas clos…Bertrand Feumetio démontre magistralement que pour réduire durablement la pauvreté, il est important pour les gouvernements africains le développer le secteur de la microfinance.
    La profondeur, l’audace et le caractère poignant de la description que fait le Dr Bertrand Feumetio de la pauvreté dans quelques pays africains force l’admiration. La liberté de ton, dont il fait montre, peut ne pas plaire à certaines personnalités africaines vertement critiquées, au moins son mérite est d’avoir émis des opinions engagées et éloquentes dans le ton et le style qui lui sont propres. La lecture de cet ouvrage ne peut qu’être fortement recommandée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :